Nouvelles de Suisse, recueil collectif , de Ghislaine Dunant

Nouvelles de Suisse, recueil collectif

avril 2018, une nouvelle
Magellan & Cie, Collection Miniatures dirigée par Pierre Astier
120 pages

Extraits :

La fin de ma résidence approchait, j’étais assez déstabilisée par tout ce que j’avais appris de la vie des autres écrivains et par mes souvenirs qui faisaient un film, des scènes à l’intérieur desquelles j’entrais et retrouvais des sensations oubliées et parfaitement vivantes. C’était si étrange de ressentir ce que j’avais vécu, qui avait disparu pendant des décennies et que me rendait ce retour en Suisse où j’étais « en résidence », c’est à dire sans attache obligée, en vacance de tout. Cet état de disponibilité, et le contact avec ceux qui venaient de loin avec une toute autre expérience, et la langue étrangère que je pratiquais ramenaient ma relation, enfant, avec l’étranger. Quand j’allais chez mes grands-parents en Suisse centrale, il fallait faire entrer l’étranger dans mon corps, accepter ce qui était ma famille, ma filiation, et trouver le continu. Aujourd’hui dans mon activité essentielle, en écrivant, c’est encore le continu que je cherche, le continu de l’expérience. A chaque fois que s’arrête la connaissance que je peux avoir de quelque chose, il me faut attendre jusqu’à voir s’ouvrir autre chose, encore vague, et y aller, avancer en tâtonnant les sens en éveil, trouver les mots et le rythme qui donnent existence au texte, qui font du chaos des faits un temps du récit. (...)

Sur la table d’une librairie des mois plus tard, j’ai lu le sous-titre d’un livre, « Le chant du coucou est le cri de la mère morte ». Une seconde de stupeur, puis j’ai souri comme de soulagement. Ma mère était morte dans mon enfance, et je découvrais une légende qui donnait un sens au chant du coucou. Une fois de plus les mots se déplaçaient, les associations faisaient que des trappes s’ouvraient sous les mots, leur sens bougeait, ma vie bougeait. Comme d’être revenue en Suisse, qui était restée un pays étranger pour moi, où je me retrouvais face à la vie qui surgissait brutalement et face à la possibilité de la vivre, de la faire vivre.

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